François Martin et la Fée Lure

Une fois n'est pas coutume, voici une histoire que j'ai inventée...

Pour le Jeu de piste conté que nous avons mis en oeuvre au Fort des Dune de Leffrinckoucke au long de l'été 2019. Quand je crée un jeu de piste, il me faut l'adapter au lieu. C'est pourquoi, souvent, la dernière histoire, je l'imagine "sur mesures". Pour en savoir plus sur nos jeux de pistes contés, cliquer ICI

Savez-vous comment naissent les fées ?

Il faut, pour réaliser ce prodige, qu’une étincelle de lumière s’unisse à une parcelle d’essence pure de la Nature. Quand ce miracle authentique a lieu, l’esprit de la fée doit trouver un corps humain pour s’abriter. Parfois, il attend longtemps, parmi les étoiles. Il attend que naisse une petite fille avec un cœur assez grand pour l’accueillir. En échange, la fée offre à l’enfant qui la reçoit, et donc à la femme qu’elle deviendra, ses pouvoirs et le don d’immortalité. Le cœur de cristal qui abrite l’âme de la fée se blottit avec délicatesse à l’endroit le plus doux du corps de l’enfant et il attend, sans bouger. Quand la petite devient une jeune fille, il commence à vibrer, puis à chanter doucement. Ce moment est délicat. La puissance de la fée ne doit pas meurtrir le fragile corps humain. Quand l’union a lieu, la fée et la femme ne font plus qu’une. C’est à ce moment-là qu’elles choisissent le nom que l’être de lumière portera pour l’éternité.

C’est ainsi qu’elle est née, elle aussi.

Blottie dans la poitrine de Mathilde, elle a attendu  que la petite, coiffée comme un arbre en automne, le nez pointé vers le ciel, ait 15 ans. Mais c’était si long qu’elle s’est mise à chanter juste un peu trop tôt. Et la lumière a envahi les doux yeux de Mathilde. Oh, trois fois rien, le jour, c’était invisible. Mais la nuit, une lueur dorée illuminait chacune de ses prunelles. C’était impressionnant, voire même effrayant pour qui la croisait sans savoir. On la prenait pour un être malveillant, surnaturel, menaçant, elle faisait peur, on la fuyait. Elle avait pris l’habitude d’éviter de sortir la nuit mais parfois, elle y était bien obligée.

Elle avait décidé de s’appeler Lure. Ben oui ! La Fée Lure, c’était justifié ! Et pour expliquer que les gens fêlés qui laissent passer la lumière sont précieux et pas dangereux, elle avait pris l’habitude de raconter des histoires, comme celle du pot fêlé. Ça rassurait les hommes et les femmes ordinaires.

Elle connaissait les plantes, les animaux, savait guérir et soulager, alors on finissait par l’accepter. Et le temps, les années passaient. Elle ne vieillissait pas, et pour cause. Quand les gens autour d’elle se mettaient à calculer trop souvent l’âge qu’elle pouvait bien avoir, ils commençaient à la regarder de travers. Alors elle disparaissait un jour, elle déménageait  et il fallait tout recommencer… Ailleurs.

La fee lure

Et puis elle en a eu assez.

Après plusieurs centaines d’années, elle a décidé d’en finir avec les questions et les regards inquisiteurs. Elle a jeté son bonnet de fée par-dessus les moulins, elle est partie, droit vers l’ouest, vers la mer. C’est ce que font les fées quand elles veulent se reposer. Elle a marché jour et nuit, sans s’arrêter. Dans l’obscurité d’un soir sans lune, elle a croisé le chemin d’Antoine Martin, poète et rêveur de son état. Ses doigts savaient l’harmonie des sons qui vibrent dans le bois, les notes qui dessinent les émotions. Sa vie s’est arrêtée… Des papillons dans le ventre et un oiseau sauvage dans la poitrine, amoureux. Elle, elle ne l’avait même pas remarqué, elle marchait à grandes enjambées.

Il s’est mis à la suivre, ombre le jour, mirage la nuit. Elle est arrivée au bord de la mer. Elle s’est arrêtée, a poussé un long soupir d’aise et s’est couchée, blottie dans le sable de la plage. Le vent du large, complice, s’est mis à souffler, doucement. Grain après grain, la dune s’est formée. On ne voyait plus que ses cheveux. Pour ceux qui ne savaient pas, ils avaient la couleur des oyats. Mais Antoine, lui, savait. Il a décidé de rester pour veiller sur le repos de sa belle. Il l’aimait, même sans espoir de retour.

Un matin, il les a vus venir.

Uniformes, fer, canons et chevaux, ils se sont massés de chaque côté de son dôme sacré. Il a compris qu’ils voulaient se battre ici. Alors il a couru, il a crié, il a hurlé qu’on allait tuer son amour qui dormait dans le sable sous la dune. On a cru qu’il avait l’esprit dérangé et il a fini en prison. Ils se sont battus. C’était en 1658, la « bataille des Dunes ». La fée n’a rien entendu. Elle était sortie, telle une ombre, venue libérer Antoine pour l’emmener dans son abri douillet.

Tous les 361 ans, Antoine Martin sort de la dune pour raconter. Il m’a tout dit et je vous ai transmis. Ce soir, il va retrouver la Fée Lure sous la dune et ne reviendra que dans 361 ans.

Vous qui passerez par-là, n’oubliez pas ! Sous les dunes dorment les fées. La preuve : Leurs cheveux qui ondulent dans le vent d’ouest. Ne les tirez pas ! Les fées n’aiment pas ça !

Nota Bene

Ce que tu viens de lire c'est ma toute première version de travail de ce conte inventé que je partage volontiers. A toi de faire la tienne !

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