L'arbre de vie et de mort

Il y a très longtemps de cela, au milieu de la plaine, on ne voyait que lui.

D’où que l’on vienne, il était là, évident, inévitable, l’arbre. Si grand et majestueux que ses feuilles touchaient les nuages. Il poussait parmi les champs arides, et personne ne savait depuis quand. On disait qu’il avait toujours été là.

On disait aussi qu’il était magique. Il suffisait de venir chuchoter un vœu sous ses feuilles, par une nuit de pleine lune, pour le voir se réaliser. Alors ils étaient nombreux à se faufiler jusqu’au tronc respectable quand le ciel nocturne était éclairé par la grande face ronde. Venaient là des jeunes filles qui voulaient trouver l’âme sœur, des femmes en mal d’enfant, des hommes furtifs porteurs de questions secrètes.

Sur ses branches, il portait les témoins de toutes ces suppliques : Des rubans, des messages et même des petits présents y étaient suspendus. Son feuillage restait vert quelle que soit la saison et, souvent, au moindre prétexte, on se réunissait dans son ombre pour célébrer un évènement, triste ou joyeux.

Il avait pourtant quelque chose d’étrange.

Son tronc se séparait en deux énormes branches et toutes deux portaient des fruits appétissants. Mais une très vieille légende disait que, sur l’une des branches de l’arbre, les fruits étaient empoisonnés. Seulement personne ne se souvenait de quelle branche il s’agissait. Ils étaient tous dorés et juteux en apparence, mais devant la terrible menace, personne n’osait en manger. Ils pourrissaient et tombaient au sol et chacun évitait soigneusement d’y toucher.

Or, une année, l’été fut sec et les récoltes mauvaises. L’automne vint avec un cortège de tempêtes effroyables et les toits des greniers à blé furent emportés, dispersant le peu de réserves que l’on avait amassé. L’hiver fut glacial et si long que les gens commencèrent à mourir de faim.

Arbre 2

Alors ils ont tourné le regard vers l’arbre, là-bas, toujours aussi vert, couvert de fruits innombrables.

Mais personne n’était assez désespéré pour se risquer à y goûter, si affamé qu'il soit. Un matin, le jour où tout a changé, un homme s’est avancé. Il n’avait plus d’espoir et plus de peur non plus. Son fils, avant ce soir, allait mourir de faim, c’est ce qu’avait dit le médecin.

Il a tendu la main sans hésiter, a cueilli un fruit et mordu dans la chair sucrée. Tout le monde se taisait, le jus coulait le long de son menton. Il a pris une deuxième bouchée puis avalé le fruit tout entier. Et il était debout, droit comme un i, le sourire aux lèvres, bien vivant.

De ce jour, on a su que cette branche-là portait la vie et cette autre la mort. Chacun alors s’est précipité pour assouvir sa faim. Miracle : Les fruits à peine cueillis repoussaient aussitôt. Désormais, plus de famine à redouter.

A quelques temps de là,

Alors qu’ils étaient réunis sous l’arbre pour célébrer leur santé retrouvée, les gens ont commencé à regarder la branche de mort de travers : C’était sa faute après tout, si on avait manqué mourir de faim. Sans elle, on n’aurait pas hésité à manger les fruits de la branche de vie. Le ton est monté, les esprits se sont échauffés et quelqu’un a parlé de hache et de bûcher. Avant la mi-nuit, la branche était coupée et brûlait un peu plus loin. On est rentré se coucher, rassuré.

Le lendemain, ils n’en croyaient pas leurs yeux : L’arbre avait perdu toutes ses feuilles et ses fruits pendant la nuit. Le sol en était jonché. Le tronc et la grande branche qui restait étaient noirs et racornis. L’arbre était mort, ç’en était fini.

Je raconte L'arbre de vie et de mort dans la séance "L'arb'raconte".

Un conte, c'est une rencontre, une histoire d'amour qui commence.

On se fréquente, et plus si entente. Je n'apprends pas de texte, je travaille à partir des images que le conte provoque en moi. Si on décide d'aller plus loin lui et moi et qu'on fait un bout de chemin ensemble, alors, en partant de la trame, j'écris un texte qui sera la base de mon improvisation en public, j'en profite pour faire une recherche de vocabulaire et quelques schémas, la liste des personnages... Les premières phrases sont mon tremplin... L'assurance d'ouvrir correctement la relation... Attention ! Moi je fais comme ça... D'autres font sans doute autrement...

Ce que tu viens de lire c'est ma toute première version de travail de ce conte traditionnel que je partage volontiers. A toi de faire la tienne !

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