La deuxième... Et les suivantes

Deuxième épisode de ce témoignage.

Il est important de préciser, il me semble, que je ne cherche ni la compassion ni la pitié. Cette histoire a plus de 30 ans, elle est loin derrière moi et ne me fait plus souffrir. Si je raconte c'est pour inciter à ne pas juger celles qui vivent ce drame au présent. Si on les juge, elles ne peuvent pas parler ! Parlez sans honte, la honte n'est pas de votre côté ! Et vous qui me lisez, ne soyez pas gêné ! Je ne le suis pas !

Il s'est arrêté, vraiment.

Pendant plusieurs années, il a tenu parole, retenu ses gestes violents. Il a fait des efforts. Ou bien était-ce elle qui se surveillait pour ne pas provoquer sa violence ? Allez savoir ! Depuis longtemps, elle savait observer l'autre pour éviter les orages. Elle connaissait bien désormais, le rictus de contrariété, ténu, discret qui annonçait la tempête. Disons qu'il devait y avoir un peu des deux !

Manipulateur, il utilisait les leviers affectifs, le chantage qui fonctionnaient mieux que les coups et continuaient un lent travail de sape. Elle qui manquait déjà de confiance en elle, ça l'a minée, bouffée à petites bouchées. - Si, si, on parle bien de la même. De celle qui était féministe dès l'âge de 12 ans -

Elle a cherché le "pourquoi ?". Elle n'a jamais pensé que c'était sa faute à elle. Il devait y avoir une raison. D'ailleurs, sa précédente femme l'avait quitté à cause de ça, elle le savait ! Alors elle a décidé de le guérir ! Guérir ses plaies d'enfance, celles qui avaient fait de lui un homme violent. Elle avait mis longtemps à déceler la présence de ce troisième personnage : la bouteille ! Dans un couple, on est deux. Là, il y en avait une de trop.

Ils ont eu deux autres enfants.

Et tout s'est gâté à nouveau à la naissance du troisième. La violence s'est invitée quotidiennement. Ménage à quatre, ce n'était plus vivable. Pourtant elle a continué, chevalier blanc en jupon et si dérisoire, à essayer de le "soigner". Elle ne savait pas que c'est impossible ! Entendez bien : IMPOSSIBLE

Fenetre

Un soir, il a voulu la défigurer avec une paire de ciseaux...

Elle avait peur désormais. Même pour ses enfants. Sa fille de 7 ans l'avait vue un soir, essuyer le sang qui coulait de son nez "Ça va maman ?" Oui, ce n'était rien, elle s'était cognée. Elle avait des difficultés à garder tout ça secret... Mais elle avait tellement honte ! Elle ne l'avait encore dit à personne.

Ce soir là, il a téléphoné à son frère pour qu'il vienne l'empêcher de faire une grosse bêtise. Le frère aîné n'a rien dit. Il a rangé les ciseaux, comme si rien ne s'était passé. Ça n'existait pas, c'était nié.

Elle dessinait des étoiles sur son agenda, pour se donner de la force, fixant un jour où elle aurait le courage de partir. Et puis elle repoussait...

Elle est même allée à la police. C'était la première fois qu'elle osait en parler. Le flic lui a ri au nez : "Vous n'êtes pas mariée Madame ! Partez !". N'a rien noté, pas même une main courante. Elle est sortie de là le coeur dans la gorge et le rouge au front.

Elle est restée... Plus très longtemps... Mais elle est encore restée. Elle se disait qu'elle exagérait peut-être ?

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