Sacrifice - Défi d'écriture

Me voilà toute griffée ! C’est malin !

Quand je pense que Gustavine m’avait massée ce matin, enduite d’huile précieuse puis, d’un geste expert et sensuel, caressée jusqu’à ce que je luise de plaisir ! Pauvre Gustavine ! C’est tout à recommencer.

Et il faudra d’abord me remettre d’aplomb. Je suis de travers… De travers et éraflée ; sans compter cette douleur sourde qui me vrille un pied. Quel sacré sale moment ! Un drôle de quart d’heure, oui ! J’exagère ? Un peu, j’avoue. En réalité, tout était plié, et moi aussi, en cinq secondes. Remarquez, je souffre, mais certains sont encore plus à plaindre ! Le persan par exemple. Il est marqué à vie. Quelle tâche !

Je n’aurais jamais cru qu’un jour je serais témoin d’un tel manque de tenue !

Je vous demande un peu ? C’est vrai, Monsieur le Baron, ces derniers temps, perdait un peu la boule. Madame la Baronne a eu beaucoup de patience. Quelle femme ! Une prestance, une dignité, un tempérament, une noblesse, une abnégation dignes de son aïeule dont le portrait - une huile sur toile, œuvre d’un jeune peintre de passage qui fut aussi un amant rafraîchissant - trône sur le mur du palier depuis cinq générations.

Madame la Baronne se tordait les mains « Adalgonce ! Mon ami ! Répondez-moi ! ». Mais Adalgonce - comprenez Monsieur le Baron - est resté sourd aux appels de la Baronne. « C’est un accident ! Un regrettable accident ! Il se sera pris les pieds dans le tapis !» C’est ce qu’elle a dit à la police. Oui, oui, on a eu droit à l’enquête de police ! Pas tous les jours qu’il y a un mort suspect au château, et un mort à particule par-dessus le marché. Tout le commissariat a débarqué pour voir ça.

Tu parles Charles ! Quel talent d'actrice ! Un accident ! Mon œil !

Je l’ai bien vue, moi, pousser Monsieur le Baron du haut de l’escalier. Mais je ne dirai rien. Je la comprends. Un homme qui l’a trompée pendant des années avec tout ce qui portait jupon dans un rayon de dix kilomètres ! Remarquez, ce ne sont pas mes affaires et personne ne m’a rien demandé !

Chateau

Le choc a été terrible !

C’est que Monsieur le Baron était un homme de poids ! Un petit coup de sa main à elle, dans le dos, et il a dévalé la première volée de marches, cul par-dessus tête. Ça s’est gâté sur le palier. Sans doute pas assez souple pour négocier le virage indispensable, il a heurté le mur, rebondi et abordé durement la descente de la deuxième partie de l’escalier, la plus longue. Et là, si j’avais pu, je me serais écartée ! Il me fonçait droit dessus ! Mais hélas, je suis restée figée sur place, tétanisée, et il m’a embrassée de plein fouet avant de s’affaler, le crâne vilainement fendu, sur le pauvre tapis persan qui n’avait rien demandé lui non plus.

Oui, j’ai fendu le crâne de Monsieur le Baron ! Mais je plaide l’homicide involontaire, la complicité non consentie ! L’impossible assistance à Baron en danger ! J'avoue que je ne suis pas peu fière d'avoir entamé un cuir aussi épais, brisé un bocal aussi noble, même s'il était déjà fêlé.

Mais qui vient là ?

Je connais cet homme sympathique ! Un expert ! Il se penche vers moi et hoche la tête à plusieurs reprises avec une vilaine grimace : « Elle est morte ! Faudra tout remplacer, rien à récupérer». C’est de moi qu’il parle ? Impossible ! Je suis solide, je guide la main des habitants de ce château depuis cinq générations ! Madame la Baronne ! Faites quelque chose ! Je ne dirai rien, c’est juré ! Je saurai garder votre secret ! Au secours !

« Faites vite Monsieur Copeau ! C’est dangereux un escalier sans main courante ! Faites-moi un devis rapide et changez-moi tout ce bois cassé par une belle rampe en fer forgé !»

Personne n’entend le hurlement terrifié de la vénérable rampe sacrifiée… Sauf le tapis persan. Il n’en mène pas large, tâché comme il est… Gustavine pourra-t-elle le sauver ? Rien n'est moins sûr.

Le défi :

"Je vous propose un défi dans lequel vous allez raconter un homicide (ou un suicide) sous "la peau" de l'objet utilisé pour le meurtre (ou l'acte). Vous pouvez être n'importe quel objet mais ce que je trouve intérressant dans ce défis, c'est la nature des "sentiments" que vous pensez que "l'objet" devrait "ressentir" durant toute cette histoire."

Sur le site : https://www.scribay.com/

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Commentaires

  • Tinamou
    • 1. Tinamou Le 01/06/2019
    Wouaf ! Quelle imagination !!! C'est bien ! Frais, rigolo, bien amené, sans prétention et... bien dit !
    Continue mon Tinamou. Je suis fier de toi !!!
    • nadinedemarey
      Oh ! Merci ! Venant de toi, ça me touche particulièrement !